Les écrans lumineux

LES ÉCRANS LUMINEUX: VARIATIONS SUR UN COUCHER DE SOLEIL DURANT LE TEMPS DE LA CHASSE

En production / 2016 –


Je ne suis pas Amadis Dudu, et il est bel et bien question ici de Pékin et de l’automne.

Ou peut-être pas finalement… Je ne sais plus.

Il se fait tard. Le soleil de novembre disparaît des rues de la capitale impériale. Et dans le bruit des voitures, l’épais brouillard se fait tendresse et embrasse le flot continu des êtres emmaillotés retournant vers les chaumières.

Pékin et Pékinois. Cette ville étourdit. Elle engloutit sans laisser de traces. Et pourtant, je la contemple de loin, à la fois aspiré et rejeté. Confus.

Les pétroglyphes lumineux m’épargnent de  leur insistante sollicitude, ses habitants de leurs babillages quotidiens. Le choc des civilisations s’opère, l’incompréhension mutuelle marque son territoire et m’apaise. Le voile des premiers jours ne se lève que pour laisser place à un écran tout aussi opaque. Je n’y comprends rien. J’y projetterai bien quelque chose.

Ici, les publicitaires sont des poètes. Qui sait. On n’y vend ni peau blanche immaculée ni sourire amidonné. On m’y parle peut-être de beauté, de vie, de mort, de pays à faire et à défaire. Rêvons.

Et je rêve à un milliard de perdrix dans le ciel de Pékin.

Chez nous, en droite ligne d’où je me tiens en passant par le centre de la Terre et par la route qui mène chez les Audettes, c’est le temps de la chasse. Les hommes doivent s’affairer à préparer fusils et les appâts. Ils rêvent au nombre de pointes qu’aura le prochain mâle et reconsidèrent leurs promesses d’être plus sages que l’année précédente.

Les bêtes s’éveilleront dans les contreforts des Éboulements. L’appel retentira. Le sang se mêlera à nouveau à la terre, rouge et clair sous les embruns montant du fleuve. Ils marcheront les sentiers, comme le beau Bernard et Stéphane-Albert traquant la bête lumineuse, jugeant la valeur de chaque être à son aplomb, scrutant les taillis à la recherche de résidus mythologiques, d’un sens caché, de l’once de rhum qui déliera les langues et qui, une fois de plus, rendra la chasse possible.

Et je me demande à quelle terre le sang se mélange-t-il ici? Qui y est loup ? Qui y est proie ? À qui les gens dédient-ils leurs poèmes et en quels lieux les amitiés fraternelles se font et se défont-elles ?

Eux aussi doivent savoir comment rétablir l’ordre des choses. J’en suis sûr. Encore faudrait-il que je sois capable de leur demander…

Marchons.